L'idée d'un grand Opéra, dédié à la danse et à la musique était depuis longtemps " dans l'air ". L'attentat d'Orsini a décidé Napoléon III à accélérer les choses : par le décret du 29 septembre 1860, il déclare d'utilité publique la construction d'une très belle salle pour remplacer celle de la rue Le Peletier.
Le baron Haussmann, préfet depuis 1853, avait déjà tracé des projets de voies monumentales, en particulier une large avenue assurant la desserte des Tuileries, et il choisit un emplacement de 10 000 m2, espace dégagé, résultant du croisement de ces voies " Haussmanniennes " pour implanter le bâtiment. Restait à trouver l'architecte !
Un concours fut organisé, 171 candidats présentèrent un projet, la discussion fut âpre, mais c'est le projet de Charles Garnier, jeune architecte peu connu mais grand Prix de Rome en 1848, qui fut retenu à l'unanimité, et il reçut 1500 francs.
Lorsque Garnier présenta ses plans à l'Impératrice Eugénie, elle s'étonna : " quel affreux canard, ce n'est pas du style, ce n'est ni grec ni romain ! " Charles Garnier eut alors une répartie fameuse : " c'est du Napoléon III, Madame ! "
Après cela il fut surnommé " le Véronèse de l'architecture " Ce bâtiment est un mélange exubérant de baroque, de faste, d'éclectisme. L'Opéra est le monument le plus représentatif de l'art officiel du Second Empire, c'est à dire symbole de luxe et des plaisirs parisiens.
Par sa superficie, c'est le plus grand théâtre d'Europe : 172 m de long, 124 m de large et 79 m de haut, il peut contenir plus de 2000 spectateurs. Garnier sut s'entourer de 73 sculpteurs et 14 peintres. La première pierre fut posée le 21 juillet 1862.
Vision d'ensemble du bâtiment
Le corps de la façade est de structure classique, mais agrémenté d'un décor abondant. On peut admirer un vestibule de sept arcades décorées de 4 groupes monumentaux : " le drame lyrique " de Jean Perraud," la danse " de Jean-Baptiste Carpeaux, " la musique instrumentale " d'Eugène Guillaume et " l'harmonie " de François Jouffroy.
De côté, des sculptures de Charles Gumery " l'harmonie " à droite, " la poésie " à gauche, à l'étage la double colonnade en pierre, s'associe aux colonnes de marbre à chapiteaux de bronze qui encadrent les baies des loggias ornées de bustes de musiciens placés dans des ½ils-de-b½uf. Des statues allégoriques représentent " la peinture, la sculpture " par Théodore Gruyère, et " l'architecture et l'industrie " par Jean Petit.
" La danse " de Carpeaux a suscité des réactions violentes, en raison de la nudité des personnages. Dans la nuit du 27 au 28 août 1869, des vandales jetèrent une bouteille d'encre sur le marbre. Ces taches n'ont pas pu être totalement effacées. La pollution rongeant lentement la pierre, le fameux groupe a été transféré au musée d'Orsay et une copie due au sculpteur Paul Belmondo a remplacé l'original.
On ne peut admirer la façade sans lever les yeux sur le toit vert et or, au dôme aplati surmonté " d'Apollon levant sa lyre d'or " entre " la poésie " et " la musique " d'Aimé Millet. De part et d'autre les deux " Pégase " d'Eugène Lequesne furent très critiqués : " il a pris le toit de l'Opéra pour un hippodrome ! " raillait-on !